Durant l’été dernier puis l’automne qui a suivi, vous avez peut-être remarqué en vous promenant au
bord de l’étang de Bazouges ou de la Bézardière la présence d’un biofilm vert à la surface de l’eau. Il s’agit
de colonies de cyanobactéries. L’année dernière, on les a retrouvées en grande quantité, et alors qu’on
s’attend en général à ce qu’elle disparaissent à la fin octobre maximum, j’ai repéré des biofilms jusqu’au
nouvel an…
J’ai voulu creuser le sujet, en me demandant si la présence de cyanobactéries posait problème, et si
oui, à quel point. Je savais que certains points d’eau de baignade sont fermés de temps en temps, surtout
l’été, pour cause de risque sanitaire. Mais pas plus. J’ai interrogé la mairie, qui a installé les panneaux
d’avertissement que vous avez sans doute vus, mais qui m’a également affirmé que d’après l’OFB et l’ARS,
« il n’y [avait] aucun problème ». J’ai donc cherché à vérifier cette information, qui me semble trop simple,
contradictoire et dépourvue de preuve ou d’explication.
Durant mes recherches, j’ai pris contact avec Philippe Combrouze, un ingénieur en hydrobiologie
spécialiste des cyanobactéries. Il est directeur d’un laboratoire en Haute Vienne qui effectue des titrages et
des analyses pour tous les plans d’eau de France. Il affirme que les cyanobactéries constituent « une bombe
environnementale au même titre que les algues vertes »… On est bien loin de la normalité prétendue par les
autorités…
Pendant nos longues discussions, il a eu la gentillesse de m’expliquer la problématique des
cyanobactéries, qui est vaste et très complexe (nature, hydrologie, agriculture, politique, gestion de l’eau
potable). Pour résumer très simplement : les cyanobactéries se développent lorsque que le phosphore (et
également un peu l’azote) est présent en excès dans l’eau. On appelle cela l’eutrophisation du milieu
aquatique. Les cyanobactéries consomment ces nutriments et se multiplient. Lorsqu’elles meurent ou
qu’elles sont stressées, elle génèrent des toxines (neuro, hépato ou dermato). Ensuite, les organismes qui
consomment les cyanobactéries mortes entraînent une anoxie (baisse de l’oxygène dans l’eau) dramatique
pour la biodiversité. Cette anoxie est un facteur favorisant la libération du phosphore déjà présent dans l’eau.
Années après années les cyanobactéries améliorent donc leur environnement de vie. C’est une boucle de
rétroaction positive pour elles, un cercle vicieux, qui menace la biodiversité de l’étang, et qui menacent
également notre qualité de vie (voir paragraphe suivant). Le 16 décembre dernier, la fédération
départementale de pêche s’est empressée de transférer les gardons de la rigole de Bazouges qui étaient
littéralement en train d’agoniser, par manque d’oxygène… Anoxie provoquée par la mort des
cyanobactéries ? Contrairement à ce qu’on entend souvent, la hausse des températures est un facteur
aggravant mais pas la cause de la prolifération des cyanobactéries. C’est bien le phosphore en excès qui est
responsable.
D’où vient ce phosphore ? Parmi les sources de phosphore, on a les stations d’épuration peu
efficaces (station d’épuration par lagunage de Bazouges qui déversent ses eaux dans l’étang de la
Bézardière ? Hypothèse à étudier), certains rejets d’usines (pas le cas chez nous), les appâts des pêcheurs,
mais surtout les ENGRAIS (engrais chimiques et lisiers). C’est là que ça devient politique…
Philippe Combrouze m’a envoyé un microscope de terrain et du matériel de prélèvement grâce
auquel j’ai pu effectuer des observations à l’étang de Bazouges et à celui de la Bézardière.
Le 18 novembre 2024, je lui ai envoyé des photos microscopes et il a délivré un diagnostic grave :
les biofilms qui recouvrent nos étangs à des concentrations visiblement élevées sont des colonies globulaires
de MYCROCYSTIS, cyanobactéries planctoniques répandues et dangereuses, qui génèrent des
HEPATOTOXINES CANCERIGENES. Les modes de contaminations sont le contact avec la peau,
l’ingestion et l’inhalation. Toucher et ingérer ces cyanobactéries, ou respirer à proximité nous exposent à des
contaminations directes (nausées, maux de tête, vomissement, difficultés respiratoires, décès pour les petits
mammifères comme les chiens) et à la longue, augmente le risque de cancers, par mutation des cellules
agressées par ces toxines… Je pense à nos promenades, nos chiens, nos enfants qui pêchent dans ces eaux…
Nous avons donc un sérieux problème, qui existe partout et qui se répand, face auquel les autorités
ne font rien ou presque, en prétendant que c’est une situation normale (c’est ce qu’on peut lire aux bords de
l’étang du Boulet par exemple). D’après le CRESEB (Centre de Ressources et d’Expertise sur l’Eau de
Bretagne), cette problématique est sous la pile des dossiers car trop complexe. Les tests effectués à la
demande de l’ARS ne concernant que les eaux de baignade et les points de captages d’eau potable.
Autrement dit, aujourd’hui, personne ne s’occupera de notre problème. Mon contact au CRESEB a même dit
à demi-mots que les gestionnaires d’eau potable préfèrent que les cyanobactéries se développent en amont de
leur points de captage, pour ne pas avoir à s’en occuper…
J’ai vu ces « blooms » de cyanobactéries à la surface de notre étang des mois durant, en me
promenant tous les jours avec mon fils sur le dos. Je veux protéger cet étang qui m’est cher, je veux que ça
reste une zone privilégiée pour les oiseaux, je veux éviter les risques pour les promeneurs et les animaux qui
vivent ici. Maintenant conscient de cette pollution catastrophique, il m’est impossible de rester inactif.
Maintenant, que peut-on faire ? Et pourquoi je vous contacte aujourd’hui ?
Tout d’abord par simple volonté citoyenne de vous informer des risques sanitaires et environnementaux qui
sont vraiment conséquents. Ensuite, parce que je pense qu’il y a des actions à mener pour informer plus et
pourquoi pas, soyons fous, changer la situation.
J’imagine un premier plan en 3 étapes : – trouver les sources de phosphore qui entraînent cette pollution (à commencer par vérifier la légalité des
drains qui se déversent dans cette zone Natura 2000 et la teneur en phosphore de l’eau qui en sort)- contacter et informer les responsables sur les risques de cette pollution- imaginer ensemble des solutions pour ralentir ou même endiguer cette situation
Je ne vous cache pas que c’est une lourde tâche, qui prendra du temps. J’ai la conviction qu’il s’agit
d’une alerte à lancer, un silence à briser, autour de ce phénomène qui s’aggrave année après année. J’ai
contacté le média d’investigation breton Splann!, co-fondé par Inès Léraud (la journaliste qui a lancé l’alerte
des algues vertes), et ils envisagent de mettre des journalistes sur le coup.
Afin d’avoir une donnée qui puisse être contradictoire et qui ait du poids face aux personnes
concernées, il faut un prélèvement et une analyse de ces cyanobactéries effectués par des laboratoires
certifiés. J’ai contacté le laboratoire Limnologie SARL à Rennes qui viendra faire un prélèvement cet été et
c’est le laboratoire de Philippe Combrouze, Aqua-Gestion, qui effectuera l’analyse. Le tout effectué selon les
protocoles ANSES. Le prélèvement et l’analyse coûtent aux alentours de 150€ l’ensemble. Il faut peut-être
envisager un prélèvement à l’étang de Bazouges et un autre à la Bézardière.
Aujourd’hui, j’aimerais vous inviter à participer au financement de ce prélèvement et aux travaux qui
s’en suivront, pour les plus motivés d’entre vous. Un village qui se mobilise a plus de poids qu’une seule
personne, et cette problématique mérite qu’on s’y attaque, d’abord pour nous, et ensuite pour les autres.
Je joins quelques photos à ce message. N’hésitez surtout à me contacter ou à passer me rencontrer si
avez des questions, remarques, demandes si vous voulez plus de photos et si vous souhaitez participer au
financement de ce premier prélèvement. Et surtout, faites circuler ce message.
Durant l’été dernier puis l’automne qui a suivi, vous avez peut-être remarqué en vous promenant aubord de l’étang de Bazouges ou de la Bézardière la présence d’un biofilm vert à la surface de l’eau. Il s’agitde colonies de cyanobactéries. L’année dernière, on les a retrouvées en grande quantité, et alors qu’ons’attend en général à ce…
Written by
—
×
Laisser un commentaire